Nemetodorum – Une déclaration d’amour à la ville de Nanterre

© Géraldine Aresteanu

Nemetodorum – Une déclaration d’amour à la ville de Nanterre

Après deux ans de réflexion, des mois d’écriture, de mise en scène, et deux représentations qui ont fait salle comble au Théâtre de Nanterre – Amandiers, nous vous présentons Nemetodorum, une pièce de théâtre participative dont le titre évoque le premier nom de la ville de Nanterre.

Ce projet regroupe quatorze Nanterriens et Nanterriennes, âgés de 14 à 25 ans, qui ont choisi de monter sur scène pour raconter leur ville, leurs vies et leurs rêves. Le projet s’inscrit dans le cadre de La Tête dans les nuages, une initiative portée par le Fonds de dotation des Amandiers, avec le soutien de la Fondation Engagement Médias pour les Jeunes.

Pour revenir sur les coulisses de cette aventure artistique et humaine, nous avons rencontré Simon Sohier, chargé des partenariats et du mécénat, qui nous raconte le processus créatif et l’engagement des jeunes dans cette pièce qui a conquis le public.

Simon Sohier : En tant que théâtre public, engagé sur des actions d’intérêt général, nous voulions lancer un projet participatif. L’objectif était de créer un spectacle unique qui ferait partie de notre programmation au même titre que n’importe quel spectacle.
En 2023, la mort de Nahel a suscité beaucoup d’émotions au sein de la ville et même au delà. Nous avons réfléchit à la manière dont nous pourrions réagir face à cet événement qui a été traumatique. Le théâtre, c’est un lieu d’expression et nous souhaitions le mettre à disposition pour faire jaillir une parole. Sans pour autant proposer quelque chose de caricatural et se limiter aux tours de la ville et les quartiers dans lesquels vivent ses habitants.
Ce qui a été déterminent, c’est notre rencontre avec Nicolas Sene qui est cinéaste. Il vécu à Nanterre, c’est une grande figure locale. Il nous a exprimé son envie de développer un projet avec les jeunes du quartier du parc. Ils vivent proche du théâtre, mais il peut leur paraitre inaccessible à cause de l’image élitiste qu’il véhicule.

S. Sohier : Le plus gros défi, c’était le recrutement des bénéficiaires. C’est un projet qui nécessite du temps et de l’investissement et nous n’avions aucune garantie sur l’assiduité des jeunes tout au long du projet. Nicolas nous a aidé à trouver les bons profils, ceux qui s’investiraient sur plusieurs mois. Cela a donné lieu à de belles rencontres individuelles entre toutes les parties prenantes du projet. Parmi eux, certains n’avaient jamais fait de théâtre de leur vie, ce qui était aussi notre objectif. Certains ont été recrutés pour la qualité de leur plume, d’autres parce qu’ils avaient beaucoup de choses à dire et un rapport intime avec la ville.
Malgré les aprioris que l’on peut avoir sur les quartiers prioritaires, les jeunes apprécient le théâtre et le pratiquent en amateur ou du moins ambitionnent à le faire. Ce qui est dingue, c’est qu’une alchimie est née très rapidement, et pour certains, ce projet est apparu comme un point de départ à d’autres choses plus grandes. Ils ne se sont pas trompés, car face au succès de la pièce, le théâtre a décidé de la reprogrammer pour son inauguration en octobre !

S. Sohier : D’abord nous avons recruté les jeunes, puis dans un second temps nous avons organisé des ateliers d’écriture supervisés par l’auteur Noham Selcer. Toutes les semaines, il faisait écrire un texte aux jeunes, puis ils devaient rebondir dessus sept jours plus tard. Ensemble, ils partageaient leurs textes à l’oral, puis ils reprenaient leur écriture.
L’enjeu a été de créer une dramaturgie et de les accompagner dans la construction d’un récit commun. Ça a créé de belles dynamiques. Les jeunes ont écrit l’ensemble des textes, qu’ils ont ensuite retravaillés en concertation avec chaque membre du collectif et l’aide de l’auteur.
La troisième étape, c’était d’organiser des ateliers de jeu. Jade Herbulot et Julie Bertin du Birgit Ensemble ont impulsé les idées de mises en scène car elles avaient déjà encadré un projet similaire à Saint-Denis. Mais à chaque étape, les jeunes ont pu s’exprimer et collaborer avec les artistes pour concevoir la pièce à leur image.

S. Sohier : Je pense que ce qui incarne le mieux la réussite du projet, c’est sa reprise et les retours du public et de la presse. On a fait 122% de remplissage lors des deux prestations, c’était génial ! La représentation était émouvante, car le point de départ reste tragique, mais aussi joyeuse, ça a permis de libérer une parole.
Nemetodorum, c’est une vraie déclaration d’amour à Nanterre. Un hommage à une ville riche et complexe à travers les yeux des jeunes qui y vivent. Notre volonté avec le fonds de dotation, c’est de démocratiser la culture tout en faisant participer les gens à la culture. C’est le projet le plus ambitieux qu’on ai porté depuis 2021, et je pense que c’est le projet qui a le plus fédéré. Nous sommes toujours en lien avec les bénéficiaires et nous sentons que ces liens dureront dans le temps. D’une certaine manière, ça nous a permis de désacraliser le théâtre. On a vu tous les proches des jeunes en salle, des personnes qui savent désormais que les portes du théâtre leur sont ouvertes. Ce n’est plus un lieu énigmatique et obscure où l’on n’ose pas entrer. Tous nos projets inspirent à ça !


Pour permettre au plus grand nombre de découvrir cette pièce, une captation a été réalisée en février dernier. Pour la découvrir : c’est par ici 👇


L’équipe artistique  
Conception – Nicolas Sene
Texte et adaptation – Noham Selcer
Mise en scène – Jade Herbulot & Julie Bertin du Birgit Ensemble
Artiste graffeur – Delso
Création son – Lucas Lelièvre

Une création participative avec
Alassane Keïta
Ayana Mroizi
Ayachi Fath Nita
Aymen Hammi
Aymen Yagoubi
Leonor Guerreiro
Marija Miljkovic
Nesrine Boushaba-Tahar
Noah Ferrier
Robert Moundi
Rode Safollahi
Ryan Daoudi
Simon Le Disez
Wassim Jraidi

© Géraldine Aresteanu