Focus sur Yann Ahizi-Elliam gagnant du prix de la Fondation

13/01/2020


Suite à la remise des prix de la 4eme édition de Filme Ton Quartier, nous avons eu le plaisir d’interviewer le lauréat du prix de la Fondation, Yann Ahizi-Elliam, pour son court métrage « Pour Sarah ». Originaire de Saint-Ouen, il a 26 ans et préside l’association « Laissez parler les gens », qui lutte contre les discriminations en milieu scolaire.


D’où vient ta passion pour le cinéma ?

J’ai toujours été amoureux du cinéma, j’ai souvent eu l’habitude d’aller à celui de Saint-Ouen. Quant à mon engouement pour la réalisation, c’est assez nouveau. Lorsque j’ai commencé à travailler dans l’association « Laissez parler les gens », j’y ai rapidement pris goût, j’aime être derrière la caméra et filmer des histoires personnelles.

Comment et pourquoi as-tu participé au concours Filme Ton Quartier ?

J’ai postulé au concours grâce à une amie qui avait participé à la première édition. Lorsque j’ai vu le thème « En transition », cela m’a tout de suite parlé. En effet, pour moi, Saint-Ouen était le parfait exemple d’une ville en transition, lorsqu’on voit les constructions, les nouvelles habitations, la gentrification.
Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose, j’ai longtemps réfléchi et je me suis mis à filmer les changements dans le quartier, les grues, les travaux. Il fallait lier tout ça avec l’histoire de quelqu’un et c’est là que j’ai pensé à Sarah.

Qui est Sarah ?

Sarah est une amie qui habite dans le quartier, nous avons grandi ensemble, elle est partie pour faire des missions humanitaires à l’étranger. Elle est justement revenue en France exactement à la même période que le concours. Je me suis dit que c’était donc l’occasion rêvée et qu’il ne fallait surtout pas la manquer.

Explique-nous le cheminement de ton documentaire…

J’ai commencé à filmer Sarah dans le quartier, en train de le redécouvrir, là où nous avons passé notre jeunesse, grandi et avons des souvenirs. Puis j’ai monté les images, j’ai posé le texte et la voix. Je lui ai envoyé la vidéo avant qu’elle ne reparte à l’étranger. Elle m’a dit avoir été touchée par le récit du documentaire, que ma vision était très proche de son ressenti. J’ai essayé d’être le plus juste dans ce que je transmettais par ce film.

Les retours sur ta vidéo ?

En postant la vidéo sur Facebook, beaucoup d’habitants de Saint-Ouen m’ont fait des retours positifs sur mon documentaire. Les internautes m’ont dit qu’eux aussi ressentaient les changements, ils se sont reconnus dans le court-métrage. Ces changements sont en train de gommer les souvenirs des habitants qui sont ici depuis très longtemps.

Où te vois-tu dans 5 ans ? La suite, c’est quoi pour toi ?

J’aimerais continuer à m’engager dans le monde associatif. J’aime beaucoup travailler sur les discriminations en milieu scolaire. J’ai pris beaucoup de plaisir dans le processus de réalisation du film, j’en ai écrit d’autres avant celui-ci. J’aimerais pouvoir faire des documentaires plus longs, plus élaborés de manière à mettre en lumière des histoires atypiques de personnes que l’on n’a pas l’habitude d’entendre, celles que j’appelle les invisibles.

Le mot de la fin ?

Cette expérience m’a changé, je suis une personne très pudique sur mes émotions. Cette réalisation m’a permis de mettre des mots sur une histoire, d’écrire ce que je ressentais, ça m’a chamboulé et j’ai pu me dévoiler.